Bienvenus dans l’ère du switch au travail…

Redonner du sens au travail: une mission d’utilité publique!

Aujourd’hui, nous serions 70% de jeunes actifs de 18 à 35 ans en France à ne pas nous reconnaître dans notre travail (étude Ipsos Doing Well — Octobre 2014). 70%. On ne parle pas de quelques cas isolés en crise existentielle précoce, mais d’un phénomène plus global, générationnel, partagé par tout un tas de gens. Et quand on voit qu’au niveau mondial, toutes générations confondues, près de 90% des salariés (étude Gallup 2012) ne se sentent pas engagés dans leur travail, on se dit que la lutte contre l’insignifiance dans le travail est devenue une mission d’utilité publique! Le futur du travail (et le futur tout court d’ailleurs!) pourraient être sacrément différents si on inversait la tendance…

Pourquoi on est entré dans l’ère du SWITCH

Ces nouvelles aspirations s’inscrivent en plus dans une vague de mutations qui a déjà déferlé sur le marché du travail. En France ça donne ça :

  • L’érosion du CDI : 9/ 10 embauches en CDD,
  • La progression des indépendants : 600 nouveaux indépendants par jour,
  • L’explosion de la pluriactivité: le nombre de multiactifs a doublé en 10 ans.

(Source: rapport L’évolution des formes d’emploi, Conseil d’orientation pour l’emploi, avril 2014)

L’enjeu ce n’est pas de se perdre dans un débat pseudo-prospectiviste sur la fin du salariat (d’ailleurs en France pour le moment la part de l’emploi non salarié reste globalement stable, aux alentours de 10%). Il s’agit de se rendre à l’évidence : notre système de production et consommation de masse est déjà mort, c’est la fin de la standardisation, nous entrons dans l’économie des singularités.

Ces évolutions devraient s’accompagner naturellement d’un nouveau modèle de travail. Un modèle qui n’offre plus de voies toutes tracées, pour le meilleur et pour le pire. D’un côté ça veut dire davantage d’instabilité, de discontinuité, de chaos qu’il va falloir organiser. Mais de l’autre c’est aussi une opportunité car nous avons enfin la chance de pouvoir fabriquer notre travail (au sens large du terme d’”activité humaine”) pour l’adapter à notre vie au lieu d’adapter notre vie à notre travail!

La fin des voies toutes tracées

Pourtant, en France plus qu’ailleurs, nous sommes encore sous l’emprise d’un modèle de travail archaïque «1 diplôme = 1 métier = 1 carrière» qui verrouille les potentiels. C’est ce blocage culturel que nous voulons attaquer avec Switch Collective pour entrer dans l’ère du SWITCH: celle où chacun fabrique le parcours qui lui correspond, avec son propre rythme et son “mix” d’activités, de compétences, de statuts, de protections sociales, etc. Celle où les reconversions et les “transitions professionnelles” ne seront plus l’exception mais la règle pour ceux qui le souhaitent.

Alors comment on fait?

Force est de constater que soit les politiques n’ont pas pris la juste mesure de ces déferlantes, soit ils sont tout simplement impuissants à les canaliser seuls. Du côté des organisations et des grandes entreprises, les prises de conscience et de décision restent là aussi anecdotiques.

En attendant que tout ce beau monde se réveille (parce qu’on ne pourra pas faire sans et que d’ailleurs il n’est pas souhaitable de faire sans), c’est aux citoyens-entrepreneurs d’enclencher la dynamique pour réinventer le système. C’est-à-dire que si on peut souhaiter que les politiques deviennent plus “entrepreneurs”, on peut aussi souhaiter que les entrepreneurs deviennent plus “politiques”. “Politiques” au sens premier du terme: celui de proposer une vision du monde et de la société et de la mettre en oeuvre.

Pour un entrepreneuriat politique plutôt que social

Ce n’est donc plus seulement “d’entrepreneuriat social” dont nous avons besoin mais “d’entrepreneuriat politique”. Car ce n’est pas le social, mais le politique qui nous manque, au sens noble du terme. Pour prendre à bras le corps la crise du travail et les autres, il ne s’agit pas juste de combler les brèches pour avoir un “impact positif” c’est-à-dire de régler plein de petits problèmes qui font oublier les vrais problèmes. Il s’agit de créer un autre système. Comme disait Martin Luther King:

“La vraie compassion, ce n’est pas jeter une pièce à un mendiant ; c’est comprendre la nécessité de restructurer l’édifice même qui produit des mendiants.”

L’entrepreneuriat politique, les entrepreneurs de la Silicon Valley le pratiquent déjà quotidiennement: la plupart des projets de startups sont sous-tendus par une vision du monde (voire une idéologie politique) qui est en train de devenir hégémonique. Qu’on soit d’accord ou pas, ce qui est sûr c’est que le conformisme idéologique c’est la mort de la démocratie. Il y a d’autres visions à proposer et à déployer, avec beaucoup d’humilité. Sans angélisme, sans cynisme, sans certitude. Mais avec ambition et conviction.

Et en France ? Nous commençons nous aussi à avoir des entrepreneurs politiques qui essaient de construire leur vision du monde et de la diffuser (En quête de sens) ou de la déployer dans des projets variés liés à la démocratie (laprimaire.org, MaVoix, Voxe.org), à l’écosystème entrepreneurial (The Family), à l’emploi (Qapa), à l’éducation (Ecole 42,Simplon), à l’entreprise de demain (Officience), au partage de la valeur (OuiShare), etc…

Quelles que soient nos affinités personnelles, ces projets ont pour point commun de ne laisser personne indifférent, précisément parce qu’ils sont sous-tendus par des visions engagées du monde et de la société. Et c’est de ces idées et visions variées dont nous avons besoin plus que jamais en France et en Europe.

Chez Switch Collective, nous voulons nous engager pour redonner du sens au travail

En créant un cadre qui permet à chacun de faire des choix personnels, d’exploiter ses possibilités et de donner du sens à ce qu’il fait. Un cadre qui encourage le désir, l’énergie, le mouvement. Mais qui accompagne et autorise aussi le chaos, les zones grises, les imprévus, la surprise.

Ce que nous devons viser, c’est l’engagement de chacun dans des activités qui lui permettent de se développer et d’investir son énergie dans ce qui a du sens pour lui. Et il n’y a pas de raison que ça ne concerne qu’un petit nombre de privilégiés.

Aujourd’hui l’industrie du développement personnel véhicule une culture très anglo-saxonne qui relève souvent soit du “développement économique” (gérer sa vie comme une startup) soit d’une inspiration “ésotérico-spirituelle”. D’un autre côté de nombreux acteurs de l’emploi appartiennent littéralement au siècle dernier.

La mission que nous nous sommes donc donnée avec Switch Collective, c’est de créer un écosystème ancré dans cette nouvelle ère pour aider les gens à fabriquer un parcours qui leur correspond. Les ingrédients de cet écosystème: une communauté, des événements, du contenu et des intervenants pluridisciplinaires, des services concrets, mais aussi des idées et de la pensée pour contribuer à construire un nouveau modèle collectif.

Ca va switcher en 2016!

Clara Delétraz, co-fondatrice de Switch Collective